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Décanter

samedi 7 octobre 2017, par Fleur de carotte

D’un côté la lumière naissante
de l’autre la brume.
on voit à peine
les pierres
les herbes
la terre
juste les feux des hommes au loin.

Le bruit des corps en marche
des pas réguliers
dérangés dans leur poursuite par
un trébuchement
un dérapage une hésitation
une bifurcation.

Tacatacatac

la pluie

on l’entend avant qu’elle ne nous surprenne de ses gouttes légères et rythmées.
Elle vient nous mouiller à peine.
Il n’y a pas là de quoi patouiller
pas de quoi enfoncer ou glisser les doigts
ni laper de nos langues.

La terre est celle des grands troupeaux
de ces bêtes qui se meuvent lentement
qui soufflent fort de leurs naseaux
elles se découpent en ombre et impriment le paysage.

On ne connait ni la température ni l’orientation du vent
on pourrait.

Le pluviomètre ne nous dira rien
pas grand-chose.

Et nos portables se sont tus
enfin.

Je ne noterai de nouveau pas ton nom
ni celui des étoiles
ni le numéro de la terre dont tu proviens

je ne le connais pas.

Je prendrai juste note de la caresse du vent
de la branche qui m’effleure
de la pierre qui roule dans ma paume
du vol de la chauve-souris au travers des branches.

Est-ce un jour encore pour ouvrir les bras ?
Est-ce un jour encore pour la joie ?

Ils sont en contre-bas
ils brament
leurs cris rauques montent de la vallée
ricochent contre les rochers
c’est l’heure de la plénitude
de l’accomplissement
de l’alliance des purs.

Je lisse
et sur la surface je rajoute de la matière
une robe de couleur
et je laisse la flamme œuvrer danser
joyeuse
c’est un fête
la joie de l’alliance de la fusion des uns et des autres.
Nos plaquettes s’accordent s’imbriquent et tout est parfait.
Puis le feu
il lèche
il endurcit le corps
il n’y aura pas de retour en arrière.

Ne t’en fait pas
ils te choisiront peut être pour tes plaies tes bosses tes béances
ce qui t’ébrèches
ce qui te rend unique.

Un jour encore et puis encore un jour
tu vivras.

Ceux qui t’aime te sèmeront dans l’air
et tu féconderas la terre.
Chacun d’entre eux
la terre l’air le feu
se souviendront de toi
et l’eau tombera du ciel
imbibera le sol.

Il viendra alors avec son seau
et à nouveau tout se décantera
tout reprendra forme
parce que je tu nous ils ou elles faisons partie du cycle.

Texte écrit lors de l’atelier fait autour du travail de MrGentil, Potier à Chadecol
le 30/09/2017

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